Archive pour la catégorie 'Prose Libre'

Les Mots Cœurs des maux d’âme

Les Mots Cœurs des maux d’âme

 

LES MOTS DE MARIE, 
Roman de Colette Bonnet Seigue
Collection « Traits de plume », 
Éditions Clé de Sel.

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Il est des livres qui nous marquent pour toujours, qu’on n’oubliera jamais, où la prégnante émotion nous bouleverse profondément, en nous laissant seul devant le miroir de la vie, où la farandole des mots danse les maux de toute une existence, dans l’amère vérité des blessures de l’âme, où « les mots d’amour roi effacent l’ombre des colères…« . En filigrane, au fil des pages, on entend comme la chanson de Prévert, – celle des feuilles mortes – quand il écrit : « Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi Et le vent du nord les emporte Dans la nuit froide de l’oubli. Tu vois, je n’ai pas oublié La chanson que tu me chantais. ». Dans un style épuré aux accents Durassiens, dans une écriture tout en délicatesse, en sensibilité, et en poésie, l’auteure nous révèle sa nécessaire envie d’écrire ses révoltes pour faire vivre « tous ces mots murés, et leur tracer un chemin d’existence; écrire pour dompter le papier indocile, pour ravauder le cœur troué, écrire un éclat sans partage quand le bonheur étreint, écrire un vent du sud qui tournerait au nord faute de marrons chauds, écrire des colères pour ne plus jamais en faire, écrire un sourire sur un horizon de blé« .

L’histoire nous raconte le parcours d’une famille de province au travers de la vie de Marie. Il y a Manette, la grand-mère, cœur de soie où il fait bon se reposer les jours d’orage, celle chez qui on rit, on chante, on danse aux vendanges, la Manou qui raconte si bien le mystère de la vache bleue. Chez elle tout est fête, et « son âme a la lumière boréale de l’onde marine« .  Il y a Thomas, qu’elle surnomme Momo, le grand frère avec qui elle partage sa chambre. Il est proche et patient avec elle, il est son confident, et tous les deux sont complices dans l’apprentissage de la vie. Il y a Jeanne qu’elle rejoindra pour ses dix-huit ans à Paris, afin d’y faire ses études, et Josépha, ses soeurs aînées.

Anémone leur mère, est une femme qui travaille dur, et qui finit par se lasser à l’ouvrage, ne se sentant pas épaulée par son mari, qui a de moins en moins de courage, et qui est un rêveur préférant les planches et le monde des arts à celui de la routine quotidienne des travaux manuels. Paul,  »père fantaisiste, issu d’une implacable mésalliance, a grandi si tôt dans un berceau de cris, de misère, d’abandons« . Il est un père si souvent lointain, mais « il est celui qui fait danser les rires sur le toit du monde, celui qui organise et adoucit le nid comme l’oiseau bâtisseur« . Les représentations théâtrales de la troupe familiale qu’il anime de village en village pour le bonheur de tous, sur des tréteaux campagnards de fortune, sont de délicieux moments de partage.

Et puis, il y a sœur Marie-Aimée, dite Sœur Bâton-de-bambou, maîtresse de la classe unique du village, qui enseigne les jeunes élèves dans la pure et stricte observance des traditions chrétiennes, avec la peur du châtiment corporel comme pénitence expiatoire pour des leçons non ou mal apprises.

C’est dans cet univers, entre les éclats de voix d’un père absent, et d’une mère trop présente, et la peur des sévices scolaires, que Marie va faire l’apprentissage de la vie, « avec cette impatience de grandir et de sauter les ans, pour enjamber les jours, lourds à supporter« .

Marie va rencontrer Adrien qui va bouleverser son existence. Par la suite Marie va devoir affronter de terribles souffrances, comme celles de la disparition de Manette, d’Émilie, un premier enfant mort-né, et d’Anémone. Puis avançant à petits sentiers de traverse, de reconstruction en renaissance, elle va connaître peu à peu une part de bonheur, « grandir sa vie, dépouillée de tabous et de certitudes, en lui ouvrant les bras au monde libéré« , et sera emplie de joies en devenant mère.

Viendra ensuite la mort de Paul, ce père trop souvent absent dans sa vie tant auprès de sa femme que de ses enfants, et qui restera vingt ans sans recevoir de leurs nouvelles ! C’est l’époque des regrets, qui tombent comme un voile déchiré sur les planches du théâtre familial, où le père mourant, dans un sursaut inattendu, danse une dernière fois avec Marie, en donnant sa révérence sur une scène finale où il regarde avec tant d’amour et de pardon l’histoire de sa vie dans le bleu des yeux de sa fille, dans un soupir ultime aux couleurs du temps, couleurs qui ont animé sa vie d’homme, de mari, de père, et au dernier acte le rideau tombe, comme une paupière lavée par les larmes du cœur, mais il est seul, dans le silence oublié des maux de l’âme, dans son dernier rôle d’auguste Monsieur Loyal, envolant son dernier souffle dans un balai d’étoiles, sur les ailes d’une libellule pour le « paradis des oiseaux« .

Marie écrira une longue lettre à son père qu’elle finira par ces mots :

« J’ai gardé un bout de ton regard pour la veilleuse de ma route. Une lampe allumée tache le noir pour rire à la vie, une lampe allumée veille le temps usé aux récifs de l’âme pour dire oui à la vie, une lampe allumée grimace en feux follets plaintifs comme une danse d’enfants à l’aube de la vie, une lampe allumée offre à la vie son empreinte d’éternité« .

Au travers de la vie de ces cinq générations d’une famille, se dessinent les doutes et les incertitudes de l’apprentissage de l’existence dans l’affirmation de soi face à l’éclectisme de chacun. Comme le dit Marie, « J’existe oui, j’existe pour le regard, pour le partage. Femme à la maison, servante soumise aux bons vouloirs de l’homme-enfant au tenace cordon ombilical. La besogne c’est pour les femmes. Ainsi vont les choses. Eh bien non, je troque mon tablier de Cendrillon pour les baskets de ma vie ! »

Les mots cœurs des maux d’âme sont les seuls qui permettent à Marie de retrouver les chemins de paix apprivoisée, d’effacer l’ombre des colères, et de poursuivre sa vie de femme et de mère. « Femme je suis née femme ! Femme du feu née de l’âtre de la terre, j’hiberne pour d’autres volcans au miroir de l’âme nue« …
Les mots glissent sur ces pages, avec la limpidité et la pureté de l’eau, celle qui nous lave de toutes les blessures, et qui nous rend un instant plus vrai et plus juste, mais c’est de l’encre qui marque ces feuilles pour se rappeler le passé, et marquer l’histoire d’une vie, d’un souvenir impérissable.

L’auteure, nous livre ici un formidable roman, écrit tout en finesse, avec une grande pudeur, où les mots d’amour et de pardons résonnent fortement dans nos cœurs.

Un livre à lire absolument, et qui devrait prendre sa place dans toutes les bonnes bibliothèques. Une vraie perle poétique et littéraire !

 

Paul Stendhal

21/10/2013

Publié dans:Poèmes, Prose Libre |on 27 septembre, 2014 |Pas de commentaires »

Mercredi 22 mai 2013

Mercredi 22 mai 2013

Depuis quelques jours, il ne dormait plus. Assis devant son bureau, ce mercredi à quatre heures du matin, il lisait et relisait la dernière lettre qu’elle lui avait envoyée. La nuit était froide, et sa vieille veste polaire élimée ne le réchauffait pas. Il se servit un thé. Il aurait voulu qu’elle soit là pour le partager avec elle, rire avec elle, lui dire des mots simples et doux comme cette musique de Mozart qu’il écoutait. Il alluma une cigarette, et s’imagina que s’il avait dû répondre à son dernier mail, il lui aurait dit qu’à force de se persuader d’une chose on finissait par s’en convaincre, et que parfois les fausses certitudes pouvaient conduire un homme innocent à se retrouver accusé à tort, condamné sans recours à avoir « la tête tranchée », et exécuté sans délai ! Sa faute, l’avoir simplement aimée d’un cœur sincère et « pur ».  Il lui aurait dit que sa conviction était devenue pour elle le seul moyen de préserver la confiance des siens, en épargnant le calme et la tranquillité de sa famille, et en sacrifiant la vérité de ses sentiments sur l’autel de l’amour. Il ne lui parlerait pas de sa douleur, ni de l’humiliation de certains de ses propos, ni de la peine qu’il avait ressentie, car il savait qu’il y avait des cas où une femme devait savoir être suffisamment forte quand elle pensait qu’il n’y avait pas d’autre solution. Il lui dirait sûrement qu’elle avait été un peu vite pour ainsi le lâcher en pâture à la vindicte publique et décider de lui adresser ses adieux en lui demandant de ne plus jamais la contacter. Il penserait peut-être que son amour n’avait tenu qu’à un fil et n’était pas aussi véritable qu’elle l’avait prétendu, et qu’il l’avait cru, mais il s’y refusait et se morigénait, car il espérait au fond de lui qu’elle avait été sincère.

Le concerto pour violon avait fini, Thaïs la petite chatte dormait paisiblement sur le lit, dehors le crépuscule du jour prolongeait le silence qui régnait, et seul assis devant son bureau, une cigarette allumée, il était simplement heureux d’avoir passé une heure en sa compagnie, en imaginant la douceur de son souris et la lumière de son regard. Secrètement il se mit à espérer en son cœur qu’elle pensait à lui aussi, et que bien vite elle le lui dirait, en lui racontant l’histoire de ces deux jeunes enfants – allongés côte à côte dans l’herbe du pré parmi les bleuets les jonquilles et les coquelicots au bas de la montagne, les pieds dans l’eau de la rivière où les truites fraient en paix, – regardant voler libres et heureux les oiseaux dans un ciel bleu et ensoleillé, et qui en se donnant la main vivaient un simple bonheur ! Oui, il espérait que bientôt elle aurait envie de le joindre pour partager avec lui ce beau conte, dans la vérité de ses sentiments et la liberté de son cœur. Ce soir, il essaierait de trouver le sommeil, et s’il y parvenait, il savait qu’il rêverait. Dans cet espoir, il voulait « Croire » que quelque part, où qu’elle se trouvait, elle pensait à lui avec autant de sincérité.

Paul Stendhal

Publié dans:Prose Libre |on 2 juin, 2013 |Pas de commentaires »

Prose libre : Féeries imaginaires

Féeries Imaginaires 

Quel beau voyage que celui de la vie, facétie du bonheur, mais aussi des pires atrocités. Vécue au plus profond d’elle-même, notre âme en est à la fois l’acteur et la victime. Quel drôle de long pèlerinage à travers le temps, qui est la fois trop court et inlassablement interminable. Que de joies peuvent nous apporter les féeries de ce monde, mais combien de cruautés impitoyables nous sanctionnent ! Quelle est donc cette main qui n’en cesse de nous bien châtier ? Pourquoi ce tribunal infernal, qui n’en cesse de frapper ? A quel jeu s’amuse-t’on donc ? Je ne sais guère quelle saveur a la vie, pour en avoir un pied dedans et l’autre je ne sais où. Mais pourquoi chercher à le trouver ? Car après tout, dans cet autre théâtre où il s’est perdu, au plus profond d’un abîme imaginaire, le jugement de la Nature est-il peut-être plus indulgent ; et cet abîme conduit sûrement vers un autre chemin, mais qui finit, qui sait, par aboutir en laissant choir tout espoir, et indéfectiblement, nous remontons sur les planches, car ce cycle infernal qui n’en cesse de tourner, ne laisse point s’égarer ses brebis, qui dans un commun aboutissement, terminent leur périple dans le mystère des temps. Si ce voyage fut long et court à la fois, l’homme dans sa plus fière dignité, passe la ligne d’arrivée empli de désarroi. Mais finalement, on peut se demander avec un soupçon de mélancolie et de suspicion, quel fut le vainqueur, si vainqueur il y a, car après tout n’est-ce pas que rêve et frénésie que tout cela ? Je ne sais plus, car dans un accès furtif, irrémédiablement, la vie me rappelle ; les rideaux se referment sur la scène. Enfin la surprise de découvrir de nouveaux horizons prometteurs, mais prometteurs de quoi ? Quel manège chavirant, quel cercle interminable, quel dédale infinissable. J’en veux sortir, mais, mais oui, je ne rêve plus. Rayonnant au fond de ce décor truqué dans une lumière blanche éblouissante, j’aperçois le Soleil, symbole de vie, entité ancestrale. Quelle féerie ; c’est simplement si beau la vie. Quelle splendide aventure que celle de l’existence, pour laquelle maintenant je n’hésite plus à faire partie. Au revoir, bon voyage Monsieur… !

Paul Stendhal

Publié dans:Prose Libre |on 14 mars, 2012 |4 Commentaires »

Extraits (Mercredi 23 juillet 1997) : En mémoire d’Adèle H.

Extraits (Mercredi 23 juillet 1997) : En mémoire d’Adèle H.

Il est des jours, où comme en politique, l’intervention du Deus ex machina, apporte un dénouement inattendu à une situation difficile, où le bon présage ne semble pas de rigueur. Ce mercredi vingt-trois juillet, est un de ces matins là, qui nous plongent au coeur de complications dès le début du jour, et dans ce cas, pour de banales considérations ineptiques, dont l’intérêt ne justifie en aucune manière, le fait d’affronter à brûle-pourpoint un lever de rideau matutinal, le ventre vide, aussi vide que paraît dépourvue d’intelligence, de sens des responsabilités et de grandeur d’âme, cette lourde femme aux accents condescendants, qui semble avoir beaucoup de peine à dissimuler son inexpérience et sa couardise. Je reste interdit devant une telle lâcheté d’attitude, et devant une si grande pusillanimité. Qu’importe, Adèle H, voyage maintenant seule dans le monde céleste de l’éternité, et quant à cette Georgette K, malheureusement, elle continue à persévérer dans celui de l’incompétence notoire, mue par une lenteur extrême et une nonchalance insolente. Cette femme, de complexion forte et antipathique dont émanait tant de roguerie, qui grasseyait et s’exprimait d’une voix de rogomme, dans un jargon onomatopéique, tout à l’opposé de l’atticisme et de la faconde des gens lettrés, était empreinte d’un béotianisme marmoréen, dépourvue de toute alacrité, dénuée de toute affèterie, adepte des pratiques de la palinodie permanente, bref, une femme qui dans son entité, représentait un sinapisme évident à toute relation humaine saine. Son précepte « primum vivere, deinde philosophari » se résumait sans nul doute à un nihilisme des plus sordides, ce qui, in petto, je le concède, est une tautologie eu-égard à sa moralité de circonstance. Singulièrement, Georgette exerce le noble métier d’infirmière, ce qui ne manque pas de me laisser pantois, face à si peu de charité, de dévouement, et d’altruisme. Brillant dans l’immobilité complète de sa paresse, elle exposait avec encore plus de véridicité, et sans vergogne, son ignorance et son incapacité, ce qui montrait pour qui la regardait, une vision des plus affligeantes. Son extrême apathie, arborait un air de fatuité aux accents spécieux, qui ne faisait que corroborer son humeur acrimonieuse. Si les génies sont l’effroi de leur temps, les médiocres dédaigneux, font honte au leur. C’est ainsi qu’en ce mercredi matin, je suis resté interdit devant tant de maladresses ignominieuses, causées en un si court instant par cette lourde silhouette à la démarche pataude. Il est vrai que sa balourdise n’avait de limites que dans la mesure de son défaut d’intelligence et de jugement, syllogisme, s’il en fut, à l’instar d’une lapalissade. Cette femme massive et gauche, avait déjà sans nul doute atteint son niveau d’incompétence, avant d’avoir pu, tout au long de sa triste existence, ne serait-ce qu’une seule fois, faire montre de son mérite, de son talent, et de sa valeur.

Paul Stendhal

Publié dans:Prose Libre |on 6 juillet, 2011 |Pas de commentaires »

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